Voyage d’un parrain à Madagascar

mardi 22 décembre 2015
par  Philippe Savoye

Rencontre avec Andry Randrianasolo, responsable des parrainages et court entretien avec Charles Rakotonandrasana, responsable de la mission éducative A&A Madagascar
(18 septembre à Antananarivo)

Ma première rencontre avec l’équipe Aide et Action de Madagascar remonte à 2007 (je suis le premier parrain à venir cette année… marque du délabrement de la situation – insécurité, corruption, violence… – et l’absence totale de « touristes » ). De nombreuses évolutions depuis cette date, tant au niveau géographique qu’en terme de priorités. Aujourd’hui, les principales activités se situent dans la capitale, ses environs et le nord-ouest (région de Majunga). Des projets sont à l’étude dans la région d’Atsinanana (j’ai précisé qu’une recherche de financement pouvait s’envisager en direction de la région Rhône-Alpes, si la coopération décentralisée demeurait).

AEA a quatre priorités :
- la petite enfance,
- le renforcement de la société civile, par le soutien aux parents,
- la construction de salles de classe
- et la formation professionnelle de jeunes.

AEA s’est détaché de son image de « bâtisseur d’école », et donne priorité à une mobilisation autour de l’éducation. Depuis les états généraux de 2004, la petite enfance s’est dégagée comme une priorité fondamentale. Par exemple, avec les enseignants, ils ont écrit des comptines malgaches (précédemment il n’y avait que des comptines françaises), reprises par le Ministère de l’Éducation. Il en est de même de fiches de jeux (collectifs, d’adresse, de patience, etc.) désormais largement diffusées. Les activités d’éveil de vacances s’inscrivent dans cette démarche.

Projets en attente de financement :
- Projet Taizako : programme intégré de la petite enfance
- Projet Tafita : projet d’insertion socioprofessionnelle des jeunes, principalement des filles.

Si le financement de salles de classe est assuré (Banque mondiale), AEA recherche des financements pour les autres projets (mécénat, banque mondiale, Unicef, AFD, entreprises locales -principalement filiales de multinationales—. La Société Générale et Airtel ont participé au financement de projets.
Les liens avec le Ministère sont étroits : chaque projet fait l’objet d’un protocole de partenariat ; le projet petite enfance, d’une convention globale.
Comme je regrette, l’absence de parrainage collectif et/ou de classe, il m’est précisé qu’ils devraient reprendre vraisemblablement en octobre ; les derniers furent proposés en 2011/12 et se sont achevés en 2014 -projet que je soutenais- (j’attends toujours).

Mise en réseau
En 2010, AEA fut à l’initiative du « mouvement national de l’éducation pour tous » qui réunit 23 structures (dont cinq ONG françaises : Handicap International, Village d’enfants...). AEA participe également à une démarche sociétale « plate-forme nationale des organisations de la société civile à Madagascar » où se retrouvent des syndicats, associations de jeunes, d’enseignants, d’handicapés, de formation, etc.

Contexte général
En primaire les deux premières années s’effectuent en malgache, le français étant une « langue étrangère ». A compter de la troisième année, les cours sont en français (à l’exception de l’histoire et des cours de malgache). Malheureusement, nombre d’enseignants (issus comme Andry de la période de malgachisation, « j’ai appris le français, seulement à partir de la troisième ») sont souvent faibles en français ; ils donnent les cours en français et les expliquent en malgaches. Les enfants sont perdus et maîtrisent mal le français. « Aujourd’hui le malgache se créolise et ceux qui ont un Malgache pur sont considérés comme des érudits ».
« L’enseignement malgache ne privilégie aucunement la créativité et l’initiative. Aussi nombre de jeunes formés qui ne trouvent pas de travail dans leur spécialité se tournent vers un autre emploi, car ils ne sont pas en capacité de créer de leur propre initiative. On retrouve des médecins chauffeurs de taxi, des licenciés en gestion agents de sécurité, etc.

Si sur l’ensemble du territoire, en primaire, il y a deux-tiers d’écoles publiques pour un tiers de privées, dans les villes le pourcentage est inversé. Dans les villages les seules écoles privées sont confessionnelles ou totalement assurées par les parents. »

Quid de ces villages où des jeunes sans formation enseignent ?
Dans certaines zones, il y a « un enchevêtrement de problèmes » où notamment le secondaire est à dix à quinze kilomètres, le lycée au chef-lieu de district... Les parents sont obligés de louer un appartement, faire confiance à leurs enfants... Les jeunes filles sont rapidement enceintes... Le nombre d’enfants scolarisés en diminution... Par ailleurs, à la demande des bailleurs de fonds, le gouvernement a réduit la formation des enseignants, si bien que ceux qui sont formés actuellement soient en nombre inférieur à ceux qui partent à la retraite. Donc les parents qui veulent que leurs enfants soient scolarisés recrutent un jeune qui a fait au moins une partie de secondaire (mais n’a aucune formation) qu’ils rétribuent eux-mêmes, souvent en nature, en leur mettant à disposition un lopin de terre... Depuis peu, des subventions sont attribuées aux parents par l’état et les jeunes bénéficient désormais de quatre journées pédagogiques tous les trimestres… mais on est bien loin d’une véritable formation.

Dans l’échange téléphonique, j’avais précisé, que je ne venais pas pour visiter une école, mais « échanger ». Cependant, les responsables d’AEA ont eu la très bonne idée de fixer la date de rendez-vous afin que je les accompagne à l’école de Manjakaray…

A l’école de Manjakaray, quartier d’Antananarivo, se déroule la remise de fournitures pour les 80 enfants de 6 ans qui ont suivi durant six semaines « des activités d’éveil de vacances ». Il s’agit d’enfants qui n’ont pas bénéficié de l’accueil de la petite enfance et qui dans quinze jours entreront au CP. N’ayant aucune base (tenir un crayon, se situer dans un environnement précis, rester assis, etc.) AEA les accueille durant cette période pour une approche de la vie collective. Parents et enfants sont réunis à cette occasion pour que leur soit remis à chacun un sac à dos AEA, des crayons de couleur, un cahier, une éponge... Ces enfants ont également bénéficié d’une vaccination DDT polio.

Cette manifestation se déroule sous le « patronage » des bénévoles d’AEA. Ils sont une trentaine dans la capitale et une centaine dans le pays. Leur rôle est de sensibiliser autour d’eux, auprès des autorités techniques et financières, mais également auprès des familles. Gertrude Rahimalala, leader, est par ailleurs membre du conseil d’administration d’AEA Afrique. Elle-même travaillait dans l’enseignement avant sa retraite. Des « bénévoles juniors » sont également présents, démarche de sensibilisation des plus jeunes (enfin... si l’un d’entre eux n’a pas vingt cinq ans, une autre qui m’est présentée est... retraitée).
Trois journalistes sont présentes (Voir ici les articles : )
La priorité de ces bénévoles est l’accès au préscolaire, car, comme Gertrude le précise aux parents lors de son intervention (seule phrase en français) « l’université commence à la maternelle ».


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